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Festival International du Film documentaire Océanien

Philippe Sintes : « Il ne faut pas avoir peur de partager sa culture ».  

Photo Ph. SintesLe réalisateur n’est pas inconnu sur le territoire. Philippe Sintes est à l’origine de plusieurs documentaires sur le fenua, dont certains ont été sélectionnés au FIFO. Cette année, l’homme présente en catégorie hors compétition Ori Tahiti au pays du Soleil levant. Un documentaire de 52 mn qui montre la rencontre entre la danse traditionnelle polynésienne, et celle japonaise. Deux cultures, deux histoires, deux types de femmes… Rencontre avec le réalisateur.

 

FIFO : Cela fait déjà quelques années que le ori tahiti est largement partagé à l’international, dont le Japon. Pourquoi faire ce film maintenant ?

 

En fait, au départ, je n’étais pas le réalisateur. L’idée vient d’un autre, qui finalement n’a pas pu le faire. Quand j’ai accepté de reprendre le sujet, je n’ai pas voulu voir ce qu’il avait écrit. J’ai fait complétement autre chose. Quand je vais sur un documentaire, je vis l’instant, je marche au feeling. Pour le tournage, on a commencé par le Japon. J’avais un contact là-bas, Karl Brillant, un danseur d’un grand groupe tahitien et membre du jury de la compétition Ori Tahiti. Grâce à lui, nous avons rencontré Miki, une Japonaise qui donne des cours de ori tahiti. Il a néanmoins fallu préparer le documentaire en amont car les Japonais sont très réglés. Ce qui n’était pas facile, car moi, je pars souvent à l’improviste.

 

FIFO : Du coup, cela a été difficile à tourner ?

 

Disons que c’est difficile d’aller chercher et trouver des contacts. Je tenais à trouver une professeur de danse traditionnelle. C’est un peu par hasard que nous avons découvert une enseignante de Nihon-Buyô, qui habite à Kyoto. Pour la trouver, nous ne sommes pas passés par le chemin habituel. C’était donc difficile d’aller chercher le doc. C’était aussi un peu de chance, et je touche du bois, car j’en ai toujours eu un peu (rires). L’autre difficulté était sur la spontanéité, souvent cassée du fait de la présence d’un interprète, car il faut le temps de la traduction et parfois de chercher ses mots. Du coup, moi qui fonctionne à l’instant, ce n’était pas évident. C’est lorsque que j’ai rencontré Teru, la prof tahitienne de ori tahiti, que j’ai ressenti un grand moment d’émotion. J’ai laissé la caméra tourner… On la voit pleurer, elle est émue, et elle a un vrai message.

 

FIFO : Dans le film, cette enseignante de Nihon-Buyô explique que les jeunes se désintéressent de leur culture. C’est aussi quelque chose que l’on retrouve ici … ?

 

Oui, tout à fait. Mais, ces jeunes se poseront des questions dans quelques années. Et je pense que quoiqu’il arrive, ils resteront dans leur culture, ils reviendront à l’essentiel, à la source. Et si aujourd’hui, ils ne la pratiquent pas, ils la respectent beaucoup.

 

FIFO : Pourquoi avoir fait le parallèle entre ces deux danses complétement opposées ?

 

C’est parce qu’elles sont diamétralement différentes que j’ai voulu comprendre pourquoi et comment les Japonaises avaient fait ce saut dans l’inconnu. La danse japonaise est très codée, il y a aussi beaucoup de rites, l’apprentissage est long, et le kimono reste cher. C’est donc un investissement à la fois personnelle et financier. Dans les années 70, le hula est arrivé au Japon. Cette danse comme le ori tahiti ensuite, ont été je crois un moyen de s’émanciper pour les femmes japonaises.

 

FIFO : Etait-il important de faire un film sur le succès du ori tahiti au Japon ?

 

D’abord, je ne me suis pas intéressé aux Japonaises qui dansent pour l’exotisme, mais, à celles qui sont curieuses de la culture polynésienne. Les Japonaises viennent à Tahiti car c’est la source. Si elles savent qu’elles ne battront pas les Polynésiennes, elles veulent tout de même montrer ce qu’elles savent faire. C’était aussi important de montrer aux gens qu’il ne fallait pas avoir peur. Car, finalement, celles qui pratiquent le ori tahiti de la mauvaise façon disparaîtront avec le temps. Je pense qu’il ne faut pas avoir peur de partager sa culture. Au contraire, elle doit s’exporter et s’ouvrir à de nouveaux horizons. En revanche, il faut rester vigilant. Il ne faut pas que demain, pour une inauguration d’une ambassade française au Mexique, par exemple, ce soit des Mexicaines qui fassent un show de danse tahitienne.

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Bande annonce du FIFO 2017

Jacob LUAMANUVAE